I.Les forces de l’ordre, chouchoutées par MLP afin de ne pas les réformer

  • Plus de flics, moins d’humanité et de dialogue

Le point 13 propose de recruter 15.000 policiers et gendarmes supplémentaires, et d’investir davantage dans le matériel des forces de l’ordre. Outre le coût exorbitant, on peut relever le soutien indéfectible du FN envers les forces de l’ordre. Évidemment, il est nécessaire qu’il y ait des gendarmes et des policiers contrôlés par l’État car sinon la société serait menacée par des milices. Cependant, il existe aujourd’hui une rupture entre la police et la population qui a des effets néfastes des deux côtés. Il faut donc revoir le fonctionnement des forces de l’ordre pour retrouver une logique de dialogue et recréer de la confiance.

En se positionnant indéfectiblement du côté des policiers, le FN ne fait que rajouter de l’huile sur un feu d’une situation déjà dangereusement tendue, violente, et surtout imprévisible. La réaction du FN à l’affaire Théo est symptomatique de ce positionnement. En effet, à cette occasion, Marine Le Pen a lancé le 13 février dernier une pétition intitulée « Je soutiens la police ». Marine Le Pen soutiendrait-elle les violences policières ? La réponse est dans la question…

Cependant, contradiction majeure chez Marine Le Pen : dans sa charge contre les fonctionnaires, lors de son meeting du 26 février, à Nantes, Marine Le Pen a parlé des fonctionnaires de police qui formeraient une « garde prétorienne » prête à obéir à des consignes illégales… Il faut dire que voir des policiers appliquer l’Etat de droit en enquêtant sur des indélicatesses financières dont elle est soupçonnée rend la police tout de suite beaucoup moins sympathique à la présidente du Front national.

  • La répression, panacée du mal-être social pour le FN

Le point 15 confirme cette vision du tout-répressif de la part du FN : leur priorité en matière d’action policière concrète est une grande action de répression des banlieues, qu’il associe aux zones de non-droit. Bien souvent, les tensions qui existent entre la police et une partie des populations des quartiers populaires provient de maux bien connus : manque de déontologie de certains policiers, envoi des personnels les moins expérimentés dans les zones les plus difficiles (donc des agents qui confondent « autorité » et « humiliation »), manque de formation des policiers sur les préjugés envers les populations d’origine immigrée, ultramarines et habitantes des quartiers populaires, politique du chiffre qui pousse à une logique de « saute-dessus » et non de dialogue…

Au lieu de vouloir réformer le système policier, Marine Le Pen cherche à le renforcer dans son état et à le couper davantage encore de la population, et à le conforter dans une position de domination par la crainte et, parfois, la violence. D’ailleurs, le Front national parle « d’ensauvagement des banlieues ». Donc, le FN voit les banlieues comme un repaire de sauvages qui ne comprendraient que la force pour être circonscrits. Comme pour la prison, aucun accent n’est jamais mis sur la notion de prévention, pourtant essentielle, comme lors de la réforme de la police britannique en 2011, qui a contribué à reconstruire un lien sain entre police et population, et ce malgré un lourd passif.

On peut également voir ce qui se passe sur le terrain, dans les localités FN ou apparentées où l’implantation est profonde, comme à Fréjus et, surtout, Béziers, fief de Robert Ménard, élu avec le soutien du FN en 2014. Même s’il a pris ses distances depuis avec le parti, il en reste particulièrement proche. Il met en place très rapidement une police parallèle officieuse, surnommée « la Milice » par les opposants, parce que particulièrement raciste et violente lors des interventions. De plus, la police municipale est réarmée à grands coups de flingues autrichiens gros calibre et de campagnes publicitaires vantant le nouvel armement. Donc, via ce côté ouvertement beauf et décomplexé de cette approche des forces de l’ordre, le FN confirme qu’il n’envisage que la répression dans le contexte social et qu’il voit ce dernier exclusivement comme un rapport de forces.

II.Le FN, les mineurs et l’école : un projet disciplinaire particulièrement violent dans ses applications

 

  • La délinquance des mineurs ou l’art et la manière de dissimuler le racisme des propositions les plus ignobles

Le point 18 propose de pénaliser financièrement les parents des mineurs récidivistes.

L’absurdité du raisonnement est déconcertante : pour lutter contre la délinquance des mineurs, Marine Le Pen propose de retirer des moyens financiers aux parents, réduisant encore davantage leur capacité à assurer l’éducation de leurs enfants. Soyons clairs : cette politique n’amènerait qu’à stigmatiser les populations pauvres – et délinquantes, en très grande partie parce que pauvres. D’ailleurs, ce type de mesures (suspension des allocations familiales) a déjà été expérimenté et a été un échec, si bien qu’il a été abandonné après quelques années d’existence.

C’est ici que le FN répondra que ces populations sont délinquantes surtout parce qu’elles ne connaissent pas les coutumes françaises, renouant directement avec une vision raciste (on peut citer Éric Zemmour, l’un des maîtres à penser de Marine Le Pen, pour lequel « les trafiquants de drogue sont surtout des Noirs et des Arabes », moyen pour lui de souligner le décalage de culture, et donc de civisme supposé entre eux et les bons Français blancs). Au FN, le lien entre délinquance et misère sociale n’existe tout simplement pas.

  • La militarisation de l’école, vers un embrigadement ?

Le point 103 propose d’instaurer le port de l’uniforme à l’école, le point 102 d’imposer la sécurité comme valeur de l’école à égalité avec la laïcité et la neutralité (en citant le socialiste Jean Zay, ce qui pour le FN est particulièrement gonflé, Jean Zay ayant été assassiné par les miliciens en juin 1944). En bref, le FN projette une disciplinarisation sévère de tout le système scolaire, au moins jusqu’à la terminale. Le port de l’uniforme est généralement défendu par des arguments en apparence égalitaires, voulant effacer les différences sociales entre élèves. La réalité, notamment au Royaume-Uni où le port de l’uniforme est la norme, démontre que cet argument ne tient pas : les différences sociales sont encore détectées dans les parties de l’habillement non imposées (comme les chaussures) ou les accessoires. De toute manière, cette volonté de vouloir masquer les disparités sociales plutôt que de les combattre en aidant les plus défavorisés est symptomatique de la vision sociétale du FN.

Ainsi, la politique policière de Marine Le Pen menacerait directement le lycée et les lycéens ! Elle n’en a pas encore parlé, mais sa volonté de revenir au bon vieux temps où les jeunes savaient se tenir (la rhétorique anti-68 a toujours été une base importante du discours social du FN) menace très clairement les droits lycéens acquis par la FIDL au bout de plusieurs mobilisations victorieuses. De plus, la politique ultra-sécuritaire prônée et déjà mise en œuvre par les élus FN et certains LR n’épargnera certainement pas les lycées et leurs murs de caméras de surveillance, rappelant à chaque instant à chaque lycéen que le moindre de ses faits et gestes est surveillé, et que même s’il n’a rien à se reprocher, il n’a pas pour autant intérêt à accomplir le moindre faux pas.