La prison, fantasme de la société française, et surtout du FN

  • Le système des peines planchers, ou l’inhumanité prônée comme valeur

À savoir : la peine plancher, c’est lorsqu’on oblige les juges à donner une peine de prison d’une durée minimale à tous les récidivistes, ils ne peuvent que choisir la durée. Ce système avait été mis en place sous la présidence Sarkozy, en 2007, et supprimé sous Hollande, en 2014.

Le point 17 du programme propose de rétablir les peines planchers. Ce système est profondément injuste car il ignore le principe d’individualisation des peines. Le juge ne peut plus décider de la sanction appropriée (dans le respect de la loi), en prenant en compte la personnalité de l’auteur, la gravité de l’acte commis et les circonstances. La peine plancher, c’est une automatisation de la justice, ce qui la rend inhumaine. Les pays qui ont été les pionniers de ce système (Etats-Unis et Australie) l’ont très sévèrement réformé, ces dernières années, pour plus d’individualisation.

  • Fin des remises de peine automatiques et peine de perpétuité réelle, une idée dangereuse et cruelle

À savoir : la remise de peine, c’est lorsqu’on diminue la peine de prison d’un détenu. C’est le juge d’application des peines qui donne son autorisation en fonction du comportement du détenu en prison. On parle de peine de perpétuité réelle lorsqu’un un accusé est condamné à une peine de prison à vie et qu’aucun juge ne peut diminuer cette peine.

Le point 17 propose aussi la suppression des remises de peine automatique et le point 19 l’application de la perpétuité réelle. Ce serait une erreur énorme car les détenus n’auraient plus aucun intérêt à bien se comporter en prison alors qu’elles sont déjà sous très forte tension et parmi les pires d’Europe d’après Amnesty International.

Par ailleurs, plus un détenu passe de temps en prison, plus ce sera difficile pour lui de se réinsérer dans la société ensuite. La remise de peine permet donc d’accompagner le détenu vers le retour à une vie normale pour éviter qu’il ne récidive. Il faut aussi prendre en compte le fait que nous changeons tous au quotidien. Un jeune qui est condamné à une peine de 5 à 20 ans peut très bien avoir changé à ses 23 ans et sortir de prison sans ne plus représenter un danger pour la société.

Enfin, la peine de perpétuité réelle est en fait d’une fausse proposition. Le droit français prévoit bien une peine de prison à perpétuité incompressible (dans laquelle une possibilité d’aménagement est cependant possible au bout de 30 ans), et elle concerne actuellement trois personnes.

  • Chacun chez soi, et les prisonniers seront bien punis

Le point 21 propose d’expulser automatiquement les criminels et délinquants étrangers vers leur pays d’origine, dans lequel ils purgeront la peine décidée par les juges français pour des faits commis en France (via des accords bilatéraux avec lesdits pays).

Pour commencer, il sera très difficile de trouver un accord avec tous les États. Mais surtout, beaucoup de pays possèdent une culture pénale très éloignée de celle pratiquée en France. Si on inversait le raisonnement, cela voudrait dire qu’une femme française vivant en Iran et condamnée pour adultère serait expulsée en France et subirait la peine prévue par le droit iranien : la mort par lapidation. Sans aller jusqu’à une telle extrémité, si une personne étrangère condamnée en France est expulsée vers son pays, la France acceptera-t-elle que des prisonniers français condamnés à l’étranger soient expulsés vers la France, ce qui inclurait donc potentiellement des personnes condamnées pour terrorisme ?

En réalité, cette proposition vise à stigmatiser les étrangers pour donner l’impression que c’est eux qui sont responsables de la majorité des délits commis en France alors que ce n’est absolument pas le cas. Une fois de plus, au lieu d’attaquer le fond du problème (la criminalité en France et le fait par exemple que beaucoup de peines de prison sont inefficaces pour lutter contre la récidive), Marine Le Pen utilise les étrangers comme boucs-émissaires sans réfléchir à de vraies solutions.

Si le FN désigne les étrangers comme étant les responsables d’actes de délinquance et/ou de criminalité, c’est en parti dû aux attentats. Ils ne cessent de s’appuyer sur l’exemple des délinquants radicalisés en prison, qui selon eux, prospèrent. D’un côté, ils ne voient pas pourquoi l’Etat français devrait payer pour eux, et proposent donc de les renvoyer dans leur pays d’origine. Pas très malin, et surtout ça ne solutionne  rien… Et de l’autre côté, le FN voudrait créer des prisons pour les individus radicalisés. Proposition énoncée également par « Les Républicains. » Créer une sorte de Guantanamo à la française permettrait de désengorger les prisons, et de maintenir les individus radicalisés dans ce type de prison. Une incarcération à vie, qui ne réglera ni le problème de radicalité, ni celui de la délinquance.

  • La peine de mort, vieux serpent de mer frontiste

La peine de mort ne figure pas dans le programme officiel de Marine Le Pen, mais sa position d’avant 2012 a toujours été très claire ainsi que celle de nombreux dirigeants du FN : ils sont pour son rétablissement.

En France, la justice a pour rôle de réparer et protéger. Elle n’est pas là pour servir de vengeance. L’Etat n’a pas à tuer les meurtriers et cela pour plusieurs raisons :

  • Philosophique : la civilisation est fondée sur le tabou du meurtre, que l’Etat doit respecter.
  • Anthropologique : toute personne peut évoluer et n’a pas à être figée dans un acte commis, aussi horrible soit-il.
  • Judiciaire : la peine de mort ne permet pas de revenir sur une erreur judiciaire une fois que la peine a été appliquée, comme le montrent trop d’exemples aux Etats-Unis.

Afin d’adoucir son image, Marine Le Pen propose un référendum sur le sujet si elle était élue présidente de la République. Une façon de rétablir la peine de mort, tout en pensant ne pas devoir assumer personnellement cette position pendant la campagne. Or, il s’agit bien de sa position puisqu’elle a exprimé qu’elle démissionnerait en cas d’échec d’un tel référendum.

  • MLP et le tout-carcéral, solution-miracle pour la France ou un désastre annoncé ?

Plus largement, les propositions de MLP concernant le carcéral révèlent bien un mal français très profond : le culte de la prison (particulièrement représenté dans son point 20 avec la création de 40.000 places de prison supplémentaires). Les peines de prison sont beaucoup plus systématiques chez nous que chez nos voisins européens, ce qui explique la surpopulation des prisons françaises.

Pour le FN, il vaut mieux enfermer un individu qui a commis un acte de délinquance plutôt que de trouver un dispositif plus humain. Le Front se fiche de savoir ce que va devenir cet individu, le parti ne souhaite seulement ne plus avoir à penser à ces individus. De ce fait, en les enfermant, ils ne sont plus visibles. Et ainsi, les chiffres de la délinquance et/ou de la criminalité vont baisser. Et ce sera tout bénéf’ pour le FN…

Cependant, si on regarde ce qui se passe dans d’autres pays européens, on peut se rendre compte que notre politique est sûrement à revoir si on veut diminuer la criminalité. Les Pays-Bas et la Suède ont par exemple décidé de fermer un bon nombre de leurs prisons car elles étaient inutiles. Peut-être le problème des prisons françaises passe-t-il par l’abandon du tout-carcéral pour se tourner vers des solutions alternatives, plus humaines et moins coûteuses ?