Attention : des fachos et des corrompus sont aux portes du pouvoir

Depuis l’arrivée de MLP à la tête du parti, et sur les conseils du vice-président, Florian Philippot, le FN est dans une stratégie de « dédiabolisation », qui consiste à déconstruire l’image négative qui aurait été forgée par les ennemis (médias, partis adverses, magistrats…). Le FN se pose, comme d’habitude, en victime : tout le monde lui en voudrait car, selon le FN, l’image « diabolisée » du parti serait purement artificielle, et donc injustifiée.

I.Le FN et le nazisme

Rappelons quelques faits historiques autour du FN.

Premièrement, il a été fondé par des anciens nazis, comme Léon Gauthier, Waffen-SS dans la division Charlemagne, directement au service de Himmler et du parti nazi (les SS étaient directement en charge des camps de concentration et d’extermination de 1942 à 1945, en plus de se battre sur le front, et les Waffen SS étaient vus comme l’élite de la SS, donc de la race aryenne).

D’autres membres fondateurs – comme Pierre Bousquet ou Victor Barthélémy – avaient de hautes responsabilités sous le gouvernement de Vichy ou dans la LVF (Légion des volontaires français) et furent condamnés pour Collaboration à la Libération.

Quant à Jean-Marie Le Pen, son premier président, le moins que l’on puisse dire est que son pedigree est chargé :

– élu poujadiste en 1956 (mouvement qui se déploya dans l’antiparlementarisme et l’antisémitisme)

– engagé volontaire dans l’armée française pendant la Guerre d’Algérie où il se vantera d’avoir torturé des militants du FLN

– dirigeant d’une maison d’édition (la SERP) qui s’illustra dans l’édition de disques de chants du 3ème Reich

– adepte des sorties racistes, antisémites et négationnistes (Shoah qualifiée de « point de détail », jeu de mot à l’encontre d’un ministre de Mitterrand : « Durafour crématoire », affirmation de l’ « inégalité des races »,…)

Bref, les ambiguïtés du FN avec le nazisme sont très nombreuses, et toujours pas dissipées : beaucoup de membre du FN soutiennent Robert Faurisson, chef de file des négationnistes en France (expliquant que la Shoah n’a pas existé), Jean-Marie Le Pen est le parrain de la fille de l’humoriste Dieudonné qui a sombré dans l’antisémitisme.

Le FN a beau vouloir faire une opération « mains propres » en excluant les négationnistes qu’on entend le plus (comme Benoît Loeuillet après la diffusion du reportage sur C8 le 15 mars 2017, où celui-ci révélait ses sympathies pour les thèses de Leuchter, négationniste américain), l’idéologie du parti et les propos qui en découlent restent profondément empreints de cette mentalité, à la fois complotiste, antisémite et raciste). Enfin, si Marine Le Pen voulait vraiment rompre avec cet héritage, elle aurait pu aller dans un autre parti politique. Le fait qu’elle soit restée au FN et qu’elle n’ait jamais contredit officiellement les propos racistes et négationnistes tenus par son père montre bien qu’elle a toujours de la sympathie pour ces idées puantes, ou en tout cas qu’elle s’en accommode. Rappelons également qu’un de ses proches ais – Frédéric Chatillon – est un admirateur de Mussolini et a fricoté avec les milieux négationnistes. Rappelons enfin qu’elle s’est rendue en janvier 2012 à un bal à Vienne (Autriche) organisé par des pangermanistes nostalgiques du 3ème Reich qui, pour certains, proposèrent que Rudolf Hess, dauphin d’Hitler et principal rédacteur des lois racistes antisémites et racistes du 3ème Reich, reçoive le Prix Nobel de la Paix en 1987.

II.Le FN et la République

Pour l’extrême-droite, rien de plus normal que de détester le système républicain. Le FN a d’ailleurs été construit contre la République, et pas seulement la 5ème : le mouvement poujadiste (dont Jean-Marie Le Pen fut le député sus la IVème République.

L’extrême-droite ne peut détester la République puisqu’elle proclame tout ce que ce courant politique déteste : l’égalité entre les personnes (que Marine Le Pen veut remettre en cause en modifiant la Constitution pour instaurer la « priorité nationale »), la liberté (que Marine Le Pen ne conçoit que comme sa propre liberté d’action), la fraternité (honnie par un camp politique obsessionnellement dans la recherche d’ « ennemis » : étrangers, pauvres, syndicalistes, gens de gauche, etc…), l’Etat de droit (dont Marine Le Pen a montré ce qu’elle en pensait en menaçant les policiers et les magistrats enquêtant sur les soupçons de délits financiers de son parti et de sa personne), la laïcité (qui, malgré sa prétendue défense par Marine Le Pen, est honnie par le FN puisque inspirée par l’égalité et la liberté, dans un parti qui considère que l’Islam et le judaïsme ne peuvent être traités à égalité avec le catholicisme), …

III.Le FN et l’Algérie

La République est d’autant plus honnie qu’elle représente pour l’extrême-droite le régime qui a « abandonné » l’Algérie française. L’extrême-droite, à l’instar de Jean-Marie Le Pen, prit le parti des colons les plus extrémistes qui désiraient poursuivre une logique de domination coloniale sur les « musulmans d’Algérie », privés de citoyenneté. Pour l’extrême-droite, le mépris envers les « musulmans d’Algérie » – en plein accord avec leur conception raciste de la société – et la recherche d’un puissance agressive sur la scène mondiale ont amené à une opposition frontale à l’indépendance de l’Algérie. Jean-Marie Le Pen s’engagea d’ailleurs volontairement dans l’armée française pour aller combattre en Algérie, où il se vantera d’avoir torturé des combattants du FLN. De la même manière, Jean-Marie Le Pen fut un proche de l’OAS et compta au Front national de nombreux sympathisants et anciens militants de cette organisation terroriste qui tenta d’assassiner le général de Gaulle et qui mena maintes actions terroristes au nom de la défense de l’Algérie française.

Aujourd’hui, le racisme anti-arabe (souvent camouflé derrière une haine des musulmans) dont fait preuve le Front national ne peut se comprendre dans sa virulence que si l’on intègre bien que le FN a deux mamelles historiques : Vichy certes, mais également la Guerre d’Algérie, blessure narcissique et tombeau des prétentions d’oppression et de domination, ce que, dans la mentalité de l’extrême-droite, sont deux méfaits que les Arabes doivent éternellement « payer ».

IV.Le FN et les affaires

Enfin, le FN, contrairement au discours qu’il tient, est très loin d’être un parti politique « propre » (au sens qu’il n’aurait rien à se reprocher), à commencer par ses cadres dirigeants les plus célèbres. Environ 15% des cadres FN sont actuellement soupçonnés de crimes ou délits, contre 2 à 3% pour les partis politiques dits « classiques. » Ce n’est pas très étonnant : sans en faire un exposé exhaustif (on n’en aurait pas la place ici), on peut évoquer les très nombreuses condamnations de Jean-Marie Le Pen, notamment pour incitation à la haine raciale ; son héritage extrêmement douteux de l’immense fortune d’Hubert Lambert en 1977, dont la propriété de Montretout, etc. Ce n’est pas terminé avec la sortie de Jean-Marie Le Pen du parti : les affaires en cascade dans lesquelles sont impliqués le parti, et sa cheftaine Marine Le Pen (les emplois fictifs au Parlement européen, l’affaire Riwal-Jeanne et la minoration du patrimoine).

V.Votons aux présidentielles !

On le voit, ce que le FN appelle la « diabolisation » n’est rien d’autre qu’une explication de ce que sont l’idéologie et les pratiques de ce parti. Il n’y a donc guère besoin de chercher un complot médiatico-politique : le FN est effectivement un parti de racistes, de nostalgiques du IIIè Reich, de revanchards de la perte de l’Algérie française et d’escrocs.

Alors, pour éviter l’accession au pouvoir de Marine Le Pen au mois de mai (elle est créditée d’un pourcentage d’intentions de vote considérable), il faut faire fonctionner la démocratie et aller voter les 23 avril et 7 mai prochains. L’abstention, encore aujourd’hui, favorise le FN, parce que les électeurs FN sont largement plus mobilisés pour aller voter que le reste de l’électorat. Alors, n’oubliez pas d’aller voter !

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