Tribune dans Libération : « Parcoursup : pour l’abrogation de la loi ORE »

Tribune dans Libération : « Parcoursup : pour l’abrogation de la loi ORE »

Par: Samuel SZENKER président de la FIDL. Raymond Artis président de la FCPE; Louis Boyard président de l’Union nationale lycéenne; Marie Buisson secrétaire générale de la FERC-CGT; Cybèle David cosecrétaire de la fédération SUD éducation; Jean-Louis Fournel collectif Sauvons l’université; Bernadette Groison secrétaire générale de la FSU; Lilâ Le Basprésidente de l’UNEF; Romain Pudal Association des sociologues enseignants du supérieur; Hubert Raguin secrétaire général de la FNEC-FP-FO;

Face au bilan désastreux de la plateforme post-bac, il est urgent de sortir du cadre de la loi Ore et de restaurer le droit aux étudiants d’accéder aux universités de leur choix, lesquelles devront être dotées de moyens humains et financiers supplémentaires.

Durant l’année scolaire 2017-2018, nos organisations n’ont cessé de dénoncer la loi relative «à l’orientation et à la réussite des étudiants» (ORE) qui met en place le dispositif d’affectation post-bac Parcoursup et généralise la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur. A quelques jours de la clôture de la procédure, il est manifeste que Parcoursup a plongé dans le désarroi des centaines de milliers de jeunes, et fait pire que le système antérieur, le très décrié Admission post-bac (APB). En juin, nous écrivions : «Nos organisations soutiennent l’ensemble des bacheliers et de leurs familles qui revendiquent le droit à la poursuite d’étude dans une filière correspondant à leurs choix et à leurs aspirations. Elles affirment la nécessité d’un plan d’urgence pour l’enseignement supérieur qui mette en adéquation les places disponibles et le nombre de bacheliers et d’étudiants en demande de réorientation.» Ces lignes sont d’une brûlante actualité. Nous exigeons l’abrogation de la loi Ore.

Un bilan désastreux

A la rentrée de septembre 2017 avec APB, il restait 6 000 bacheliers sans affectation ; à la rentrée 2018, ils étaient 9 000 recensés par le ministère. Mais ils étaient également 40 000 sur liste d’attente et 70 000 à avoir une place mais à espérer d’autres réponses, donc non satisfaits, et 180 000 à être sortis du dispositif, en abandonnant Parcoursup. Ces candidats se sont résignés et ont renoncé aux études supérieures, ou sont allés remplir les caisses de l’enseignement privé, véritable gagnant de l’opération. Contrairement à APB, Parcoursup ne permet pas de quantifier le nombre d’étudiants qui ont vraiment la place de leur choix, puisque le gouvernement a obstinément refusé de leur faire renseigner leur premier vœu, donc de le prendre comme critère d’affectation. Ce bilan, nous le dressons avec le peu de données dont nous disposons, puisque le gouvernement a refusé, malgré nos demandes répétées, de communiquer les critères de sélection des formations d’enseignement supérieur, également méconnus des candidats, tout comme la répartition des lycéens sans affectation selon les filières de bac, les territoires et les établissements. Nous savons cependant que des pondérations de moyenne en fonction de la filière de baccalauréat et des lycées d’origine ont pu être appliquées à l’université, ce qui renforce la sélection sociale déjà existante dans de nombreuses filières de l’enseignement supérieur. L’établissement d’origine, c’est-à-dire sa réputation, pèse encore davantage dans l’accès à l’enseignement supérieur. Nous recevons aussi de très nombreux témoignages de jeunes, qui se retrouvent sans formation et désemparés en cette rentrée. Là où avant il leur suffisait d’avoir le baccalauréat pour avoir le droit de s’inscrire dans la formation universitaire de leur choix, les bacheliers ont été triés, sélectionnés en fonction des critères locaux imposés par la loi. L’objectif du gouvernement, sous couvert «d’orientation et de réussite des étudiants»,est bien d’éjecter des milliers de jeunes du système universitaire.

Une rentrée critique

Avec 70 000 étudiants encore en attente d’autres réponses au 5 septembre, et d’autres qui ont continué d’être affectés après cette date, les établissements d’enseignement supérieur doivent faire leur rentrée sans avoir une connaissance exacte de leurs effectifs en première année. Certains étudiants arriveront après le début des enseignements, alors qu’il s’agit justement des plus fragiles. Des établissements ont été contraints d’augmenter leurs capacités d’accueil sans moyens supplémentaires. Dans certaines formations, les emplois du temps ne sont pas finalisés, les locaux ne sont pas affectés, les enseignants ne connaissent pas leurs services définitifs. Les dispositifs «oui si», proposés aux candidats dont on a jugé qu’ils pouvaient tirer profit de remises à niveau pour réussir dans la formation de leur choix, étaient la vitrine du plan de communication gouvernemental. Faute de moyens et de temps pour les préparer, ils peinent à être organisés et il manque des enseignants pour les assurer. La situation sociale des étudiants affectés tardivement est critique lorsqu’elle a repoussé d’autant leur recherche d’un logement. Le gouvernement a refusé de faire le seul choix qui s’imposait, la création de places pour garantir l’égalité d’accès aux études, par un refinancement public de l’enseignement supérieur, et cela sous couvert d’arguments budgétaires au moment même où il s’apprête à mettre en place un service national universel à trois milliards d’euros.

Dans le sillage de la loi Ore

Les élèves qui entrent aujourd’hui en seconde forment la première génération qui passera le nouveau bac. Dans le cadre de la réforme du bac et du lycée, dont ils sont aujourd’hui les cobayes, ils devront, dès cette année, faire part de leur choix d’enseignements de spécialité pour leur année de première. Le flou reste total sur le contenu comme sur ceux qui pourront être proposés dans chaque lycée et sur qui décidera, in fine, quels enseignements suivra l’élève en première. Pourtant les spécialités suivies seront un critère décisif pour l’orientation dans le post-bac. Dans le même temps, le gouvernement détruit le service public d’orientation, au risque de lui substituer un marché d’officines privées et de «coachs scolaires» aussi inefficaces qu’inaccessibles aux enfants des classes populaires.

Nous n’acceptons pas que  les lycéens se retrouvent enfermés dans une orientation subie, qui hypothèque leurs choix futurs, lors de leur passage dans l’enseignement pas plus que nous ne validons la réforme de la licence, qui brise le cadre national des diplômes avec des formations «à la carte».

Le gouvernement refuse d’affronter l’échec de Parcoursup. Parcoursup ne souffre pas de «bugs» susceptibles d’être réglés par des ajustements techniques. Il est le simple outil d’un renversement total des conditions d’accès aux études supérieures : ce sont désormais les établissements qui classent les candidats, au lieu que ces derniers hiérarchisent leurs vœux selon leurs aspirations. On peine à comprendre comment un tel système pourrait favoriser le «libre choix» et laisser le «dernier mot» aux étudiants. Le seul moyen de sortir de cette impasse est de restaurer le droit pour tous les bacheliers d’accéder à la formation universitaire de son choix, de sortir du cadre de la loi Ore et de financer un plan d’urgence pour l’enseignement supérieur qui mette en adéquation les places disponibles et le nombre de bacheliers et d’étudiants en demande de réorientation, et, d’une manière plus générale, d’ajouter des moyens pour l’université. Cela passe par le recrutement de 60 000 personnels enseignants et non enseignants au cours des dix prochaines années et une dotation de l’Etat aux établissements universitaire à la hauteur de celle des classes préparatoires et des grandes écoles, soit 15 000 euros par étudiants et non pas seulement 2 000 euros comme l’octroie actuellement la ministre aux établissements qui accepte d’accueillir des étudiants supplémentaires dans les filières «en tension».

Retrouvez la tribune sur le site de Libération : https://www.liberation.fr/debats/2018/09/19/parcoursup-pour-l-abrogation-de-la-loi-ore_1679571

Communiqué de Presse: Réaction au Service National Universel (SNU)

Communiqué de Presse: Réaction au Service National Universel (SNU)

La FIDL prend acte de la présentation ce mercredi des grandes lignes du projet de loi sur le Service National Universel lors du conseil des ministres.

 

Nous déplorons qu’à ce stade, nous ayons été peu consultés pour un projet qui concerne pourtant directement la vie des lycéens.

 

Au-delà, ce projet de Service National Universel laisse songeur : alors que les jeunes aspirent à pouvoir s’émanciper dans une société traversée par de nombreuses innovations, le projet de service national universel paraît passablement vieillot dans son inspiration et problématique sur ce qu’il révèle du fond.

 

Vieillot dans son inspiration car venant poser une contrainte contraire à la notion d’engagement que ce dispositif prétend promouvoir.

 

Problématique sur le fond dans la mesure où ce projet renvoie à l’idée qu’il assurerait un brassage social défaillant. Mais n’est-ce pas précisément le rôle de l’Ecole d’assurer le brassage social ? Plutôt que de proposer des réformes permettant d’assurer davantage de mixité sociale dans les établissements scolaires, le gouvernement a même, avec Parcoursup, créé un dispositif qui renforcera la ségrégation sociale à l’Université.

 

En outre, il est étrange de vouloir intégrer des notions de citoyenneté dans le cadre de ce projet (2 fois 15 jours dans une vie d’adolescent !) alors que l’Education Morale et Civique est en passe d’être rabotée dans le cursus scolaire. Les enseignants ne seraient-ils pas suffisamment compétents pour transmettre les notions essentielles de la citoyenneté ? Si l’engagement doit être favorisé, c’est en se basant sur les enseignants, le monde associatif et les initiatives lycéennes, certainement pas par des projets autoritaires et peu ambitieux qui raviront les nostalgiques d’un service militaire qui était, dans une vision quelque peu fantasmée, réputé permettre à tous les Français de se connaître, quelles que soient leur condition sociale.

 

Enfin, nous nous étonnons que ce dispositif, qui coûterait 1 à 1,5 milliards d’euros par an, puisse disposer des fonds nécessaires alors même que le gouvernement a refusé d’ouvrir des places à l’Université – ce qui aide à la réussite, à l’égalité devant l’éducation et au brassage social – et renvoie donc aux difficultés financières du pays pour refuser d’investir davantage dans l’éducation et plus généralement dans les services publics.

 

La FIDL est disponible pour réfléchir aux solutions pour favoriser l’engagement chez les jeunes, en s’appuyant sur la soif d’engagement de ces derniers et non en exhumant une formule de mise au pas qui, à ce stade, aura reçu le « soutien » de Nicolas Dupont-Aignan, ancien allié du FN, ce qui constitue une précieuse indication sur la perception que renvoie ce projet.

Communiqué de Presse : Rassemblement Never Again à Paris

Communiqué de Presse : Rassemblement Never Again à Paris

Les lycéens de la FIDL comptent parmi les jeunes à avoir exprimé leurs soutiens après la fusillade du lycée Marjory Stoneman Douglas aux États-Unis.

Nous avons pendant les jours qui ont suivi la fusillade, beaucoup travaillé avec :

la communauté Franco-américaine, les lycéens du mouvement Never Again aux États-Unis mais aussi avec nos partenaires en France pour tenter de venir en aide aux lycéens des États-Unis dans leur réponse à adopter face à la violence des armes à feux.

 

Au cours de nos dernières activités, nous avons constaté que les jeunes Américains ont vu notre soutien d’un œil admiratif. C’était notamment le cas lorsque nous avons publié la lettre ouverte à la jeunesse américaine.

Nous voyons également, avec beaucoup d’admiration la bataille que mènent nos potes américains et nous savons à quel point le combat pour la quête de justice et de la liberté n’est pas forcément acquis. Surtout lorsqu’il s’agit de se battre face à des lobbys et des sénateurs corrompus.

 

Les histoires Françaises et Américaines sont faites de conquête pour nos droits, nous pensons que nous avons beaucoup à apprendre l’un de l’autre. À quelques jours de mai 68, la France célèbre le soulèvement de sa jeunesse. Nous encourageons la structuration des mouvements américains et appelons nos amis américains à créer un syndicat lycéens qui sont d’une nécessité absolue pour consolider un mouvement.

Les lycéens de France ne souhaitent pas vous laisser seul face à cette bataille. Nous voulons vous montrer que partout dans le monde, les lycéens du monde entier marchent pour la vie.

 

Ce signal résonne très fortement à Paris et nous avons décidé avec la communauté Franco-américaine de clamer nous aussi notre attachement pour la vie le 24 mars prochain.

Nous vous invitons donc à venir couvrir le 24 mars prochain le rassemblement place du Trocadéro à Paris.

Lettre à la jeunesse américaine : la FIDL solidaire du mouvement lycéen NEVER AGAIN :

Lettre à la jeunesse américaine : la FIDL solidaire du mouvement lycéen NEVER AGAIN :

Le mercredi 14 février a eu lieu une tragique fusillade qui a couté la vie à 17 étudiants du lycée Marjory Stoneman Douglas à Parkland en Floride. La FIDL, syndicat lycéen français, tient à exprimer ses condoléances et son soutien aux familles et amis des victimes.

 

Depuis, étudiants et lycéens, vous êtes descendus dans la rue pour vous opposer à la facilité avec laquelle, aux Etats-Unis, des individus peuvent se procurer des armes et tuer.

 

La FIDL est solidaire de ce mouvement.

 

L’école devrait, pour nous comme pour vous, être un sanctuaire où tout jeune devrait pouvoir se rendre en toute sécurité. Quand on va à l’école, c’est pour recevoir des connaissances et non des balles.

 

Nous savons que Donald Trump, acquis au lobby des armes qui a généreusement subventionné sa campagne populiste, n’est pas près de régler la question des armes aux Etats-Unis.

 

Mais votre mouvement y contribue car nous avons la conviction que la mobilisation de la jeunesse peut faire bouger les sociétés. A travers nous, nous sommes convaincus que c’est la jeunesse française qui soutient votre mouvement NEVER AGAIN.

 

Votre mouvement est porteur d’espoir et porte des revendications empreintes de justice : aller à l’école sans se faire fusiller, vivre dans un monde dans lequel les êtres humains ne s’entretuent pas, faire taire le lobby des armes qui s’enrichit du crime et construire un monde dans lequel les armes ne pourraient plus servir d’arguments et d’intimidation.

 

Après les nombreuses tueries dans des lycées ou des universités, il est grand temps que les indécents vendeurs de mort cessent de faire du bruit en se réclamant de la Constitution des Etats-Unis. La Constitution des Etats-Unis a été rédigée pour préserver la liberté et l’égalité, pas pour préserver la liberté de tuer des jeunes ou des moins jeunes.

 

Merci à vous de faire plus de bruit que Donald Trump et ses amis de la NRA, qui voudraient que les Etats-Unis continuent à être un pays où il est parfois plus facile de se procurer une arme qu’une bouteille d’alcool ou un paquet de cigarettes.

 

L’école contribue à remplacer le sang et la violence par les mots et la création. Ne laissons pas le sang et la violence empêcher que cette mission soit remplie.

 

A travers ces quelques mots, nous voulons vous dire que nous vous admirons et que vous avez le pouvoir de faire changer les choses.

 

Le 24 mars prochain, en France et ailleurs, la jeunesse vous regardera avec émotion.

 

Face à chaque Donald Trump, il y a des milliers et des milliers d’Emma Gonzalez, c’est-à-dire des milliers et des milliers de jeunes prêts à prendre leurs responsabilités et qui n’acceptent pas le cynisme de gouvernants irresponsables.

 

Bravo pour votre mobilisation. Nous sommes fiers de vous.

Communiqué de presse: réforme du bac

Communiqué de presse: réforme du bac

Suite à la conférence de presse tenue ce jour par le Ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, La FIDL s’étonne que la phase de concertation avec les organisations lycéennes n’ait pas amené le Ministre à prendre en compte les inquiétudes soulevées par les lycéens ainsi que nos attentes. D’autant plus que la FIDL n’est pas frontalement opposée à un lycée modulaire, ni réfractaire aux réformes éducatives, à condition qu’on y mette les moyens nécessaires.

Ainsi, lors des concertations la FIDL avait fait part de ses inquiétudes sur de nouvelles inégalités qui pourront apparaitre dans le système éducatif alors qu’elles y sont déjà trop, présentes.
Or, les annonces faites par le Ministre cet après-midi sont loin d’être rassurantes.
Les moyens mis dans ce nouveau lycée sont clairement insuffisants :
– Pas d’enseignement oratoire dans l’emploi du temps des lycéens pour les préparer à la prise de parole alors que le gouvernement prévoit comme épreuve un grand oral et que l’oral est une épreuve socialement discriminante.
– Une préparation minimale à l’orientation et une spécialisation trop précoce pour les lycéens de seconde alors même que certains lycéens changent d’avis d’orientation en l’espace d’un trimestre.
– Aucune préparation pour les personnels éducatifs et parents d’élèves alors même que le lycée s’apprête à être considérablement chamboulé.
– Aucune assurance sur le maintien d’un baccalauréat national puisque le gouvernement joue le jeu de la discrétion et ne nous assure pas que les exigences des sujets seront les mêmes pour tous les lycées.

Cette réforme du baccalauréat à lieu au même moment que l’annonce du service national et l’orientation sur la nouvelle plateforme ParcourSup auxquels la FIDL est opposée. Ainsi la FIDL et l’ensemble des organisations de jeunesse vont se concerter vendredi prochain (16 février2018) lors d’une réunion interlycéenne dans le but d’interpeler à nouveau le Ministre de l’éducation Nationale et de créer les conditions pour une mobilisation d’ampleur dès la rentrée des vacances d’hiver.

Une politique sécuritaire qui accentuera les tensions 2/2

Une politique sécuritaire qui accentuera les tensions 2/2

I.Les forces de l’ordre, chouchoutées par MLP afin de ne pas les réformer

  • Plus de flics, moins d’humanité et de dialogue

Le point 13 propose de recruter 15.000 policiers et gendarmes supplémentaires, et d’investir davantage dans le matériel des forces de l’ordre. Outre le coût exorbitant, on peut relever le soutien indéfectible du FN envers les forces de l’ordre. Évidemment, il est nécessaire qu’il y ait des gendarmes et des policiers contrôlés par l’État car sinon la société serait menacée par des milices. Cependant, il existe aujourd’hui une rupture entre la police et la population qui a des effets néfastes des deux côtés. Il faut donc revoir le fonctionnement des forces de l’ordre pour retrouver une logique de dialogue et recréer de la confiance.

En se positionnant indéfectiblement du côté des policiers, le FN ne fait que rajouter de l’huile sur un feu d’une situation déjà dangereusement tendue, violente, et surtout imprévisible. La réaction du FN à l’affaire Théo est symptomatique de ce positionnement. En effet, à cette occasion, Marine Le Pen a lancé le 13 février dernier une pétition intitulée « Je soutiens la police ». Marine Le Pen soutiendrait-elle les violences policières ? La réponse est dans la question…

Cependant, contradiction majeure chez Marine Le Pen : dans sa charge contre les fonctionnaires, lors de son meeting du 26 février, à Nantes, Marine Le Pen a parlé des fonctionnaires de police qui formeraient une « garde prétorienne » prête à obéir à des consignes illégales… Il faut dire que voir des policiers appliquer l’Etat de droit en enquêtant sur des indélicatesses financières dont elle est soupçonnée rend la police tout de suite beaucoup moins sympathique à la présidente du Front national.

  • La répression, panacée du mal-être social pour le FN

Le point 15 confirme cette vision du tout-répressif de la part du FN : leur priorité en matière d’action policière concrète est une grande action de répression des banlieues, qu’il associe aux zones de non-droit. Bien souvent, les tensions qui existent entre la police et une partie des populations des quartiers populaires provient de maux bien connus : manque de déontologie de certains policiers, envoi des personnels les moins expérimentés dans les zones les plus difficiles (donc des agents qui confondent « autorité » et « humiliation »), manque de formation des policiers sur les préjugés envers les populations d’origine immigrée, ultramarines et habitantes des quartiers populaires, politique du chiffre qui pousse à une logique de « saute-dessus » et non de dialogue…

Au lieu de vouloir réformer le système policier, Marine Le Pen cherche à le renforcer dans son état et à le couper davantage encore de la population, et à le conforter dans une position de domination par la crainte et, parfois, la violence. D’ailleurs, le Front national parle « d’ensauvagement des banlieues ». Donc, le FN voit les banlieues comme un repaire de sauvages qui ne comprendraient que la force pour être circonscrits. Comme pour la prison, aucun accent n’est jamais mis sur la notion de prévention, pourtant essentielle, comme lors de la réforme de la police britannique en 2011, qui a contribué à reconstruire un lien sain entre police et population, et ce malgré un lourd passif.

On peut également voir ce qui se passe sur le terrain, dans les localités FN ou apparentées où l’implantation est profonde, comme à Fréjus et, surtout, Béziers, fief de Robert Ménard, élu avec le soutien du FN en 2014. Même s’il a pris ses distances depuis avec le parti, il en reste particulièrement proche. Il met en place très rapidement une police parallèle officieuse, surnommée « la Milice » par les opposants, parce que particulièrement raciste et violente lors des interventions. De plus, la police municipale est réarmée à grands coups de flingues autrichiens gros calibre et de campagnes publicitaires vantant le nouvel armement. Donc, via ce côté ouvertement beauf et décomplexé de cette approche des forces de l’ordre, le FN confirme qu’il n’envisage que la répression dans le contexte social et qu’il voit ce dernier exclusivement comme un rapport de forces.

II.Le FN, les mineurs et l’école : un projet disciplinaire particulièrement violent dans ses applications

 

  • La délinquance des mineurs ou l’art et la manière de dissimuler le racisme des propositions les plus ignobles

Le point 18 propose de pénaliser financièrement les parents des mineurs récidivistes.

L’absurdité du raisonnement est déconcertante : pour lutter contre la délinquance des mineurs, Marine Le Pen propose de retirer des moyens financiers aux parents, réduisant encore davantage leur capacité à assurer l’éducation de leurs enfants. Soyons clairs : cette politique n’amènerait qu’à stigmatiser les populations pauvres – et délinquantes, en très grande partie parce que pauvres. D’ailleurs, ce type de mesures (suspension des allocations familiales) a déjà été expérimenté et a été un échec, si bien qu’il a été abandonné après quelques années d’existence.

C’est ici que le FN répondra que ces populations sont délinquantes surtout parce qu’elles ne connaissent pas les coutumes françaises, renouant directement avec une vision raciste (on peut citer Éric Zemmour, l’un des maîtres à penser de Marine Le Pen, pour lequel « les trafiquants de drogue sont surtout des Noirs et des Arabes », moyen pour lui de souligner le décalage de culture, et donc de civisme supposé entre eux et les bons Français blancs). Au FN, le lien entre délinquance et misère sociale n’existe tout simplement pas.

  • La militarisation de l’école, vers un embrigadement ?

Le point 103 propose d’instaurer le port de l’uniforme à l’école, le point 102 d’imposer la sécurité comme valeur de l’école à égalité avec la laïcité et la neutralité (en citant le socialiste Jean Zay, ce qui pour le FN est particulièrement gonflé, Jean Zay ayant été assassiné par les miliciens en juin 1944). En bref, le FN projette une disciplinarisation sévère de tout le système scolaire, au moins jusqu’à la terminale. Le port de l’uniforme est généralement défendu par des arguments en apparence égalitaires, voulant effacer les différences sociales entre élèves. La réalité, notamment au Royaume-Uni où le port de l’uniforme est la norme, démontre que cet argument ne tient pas : les différences sociales sont encore détectées dans les parties de l’habillement non imposées (comme les chaussures) ou les accessoires. De toute manière, cette volonté de vouloir masquer les disparités sociales plutôt que de les combattre en aidant les plus défavorisés est symptomatique de la vision sociétale du FN.

Ainsi, la politique policière de Marine Le Pen menacerait directement le lycée et les lycéens ! Elle n’en a pas encore parlé, mais sa volonté de revenir au bon vieux temps où les jeunes savaient se tenir (la rhétorique anti-68 a toujours été une base importante du discours social du FN) menace très clairement les droits lycéens acquis par la FIDL au bout de plusieurs mobilisations victorieuses. De plus, la politique ultra-sécuritaire prônée et déjà mise en œuvre par les élus FN et certains LR n’épargnera certainement pas les lycées et leurs murs de caméras de surveillance, rappelant à chaque instant à chaque lycéen que le moindre de ses faits et gestes est surveillé, et que même s’il n’a rien à se reprocher, il n’a pas pour autant intérêt à accomplir le moindre faux pas.