Sur les 144 propositions du programme du Front National, seul un point (le numéro 9) est consacré à la question de la défense du droit des femmes :

« Défendre les droits des femmes : lutter contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales ; mettre en place un plan national pour l’égalité salariale femme/homme et lutter contre la précarité professionnelle et sociale. »

Point N°9 / Programme de Marine LE PEN /

L’islamisme, une menace principale pour le droit des femmes ?

Lorsqu’on lit la proposition du FN, on voit que ce parti fait un lien direct entre la religion musulmane et la persécution des femmes. La question c’est, pourquoi ? En effet, dans les familles catholiques intégristes par exemple, il existe une pression énorme sur les jeunes femmes pour qu’elles n’avortent pas même quand elles en ont envie. Les liens très forts entre le catholicisme intégral et le FN semblent conduire ce parti à ne pas défendre les droits de femmes en général, mais plutôt à utiliser le prétexte du droit des femmes pour stigmatiser une partie de la population : les musulman(e)s. Par ailleurs, pour le FN, c’est toujours le fait ou de la faute des étrangers que les femmes sont victimes de violence. La situation d’insécurité de certaines femmes est donc instrumentalisée au profit d’une idéologie xénophobe.

L’égalité salariale, la coquille creuse du féminisme frontiste

En réalité, rien de concret n’est proposé sur cette question. Seulement un « on y réfléchira peut-être ». Marine Le Pen prétend vouloir défendre les femmes, mais elle n’a pas l’air très préoccupée par le fait qu’il y ait beaucoup moins de femmes dans les postes de direction ou que les femmes gagnent en moyenne 23 % de moins que les hommes. Par ailleurs, elle ne propose rien non plus pour aider toutes les femmes qui élèvent seules leurs enfants et vivent dans de vraies situations de précarité. Selon le FN, le  travail des femmes entraînerait le délitement de la cellule familiale, la délinquance supposée des enfants dont les mères seraient absentes du foyer…

Rien sur la question des inégalités Femmes / Hommes

Le FN ne parle pas du problème des femmes battues (en France, une femme meurt sous les coups de son mari tous les 2,7 jours) ni de la culture du viol (trop d’hommes, jeunes comme vieux, continuent de penser que, si une femme se fait violer, c’est qu’elle l’a cherché). C’est lamentable : ça révèle bien que le discours féministe est juste repris dans ses formes, mais cette question n’est clairement pas travaillée. Une bonne part de l’électorat FN est en réalité foncièrement allergique à la dénomination de « féministes » et contre le développement des droits des femmes. Les propos de nombre de cadres du FN, notamment Marion Maréchal-Le Pen, démontrent leur haine du féminisme, notamment contre le Planning familial et le droit à l’IVG en général (soutien aux sites de désinformation comme ivg.net, proximité des militants du FN avec les organisations comme Civitas contre l’IVG etc.).

Quelle image de la femme est défendue par le FN ?

Les femmes, en tant qu’individus, ainsi que ses droits, ne sont pas une priorité pour le Front National. Le FN confère aux femmes un rôle de transmission de l’héritage biologique et culturel.  Les femmes ont pour devoir de procréer et d’éduquer, d’être mère et épouse, de se dévouer à sa famille. Le Front National prône une manière de concevoir le monde ainsi qu’un projet politique opposé aux besoins et aux désirs des femmes contemporaines.

Afin de constater les fantasmes du FN sur la place des femmes dans la société française, il suffit d’aller voir les comptes Facebook du FN consacrés à la question (comme « Les femmes avec Marine ») et, surtout, le compte officiel de Marion Maréchal-Le Pen. On y voit que pour ce parti, le rôle des femmes dans la société est très simple : suivre la mode, élever ses enfants et préparer les repas. On repassera pour l’image d’une femme émancipée qui est égale à l’homme !

D’ailleurs, jusqu’en 2014, Marine Le Pen proposait de mettre en place un salaire parental qui n’était en fait proposé qu’aux femmes pour qu’elles ne soient plus obligées de travailler. Le travail féminin est donc envisagé comme un moyen d’oppression qui détournerait les femmes de leur de mère de famille.

Marine Le Pen et l’avortement, une position ambiguë

En 2012, Marine Le Pen déclarait lors d’une conférence à Sciences po : « Oui au droit à l’avortement, non à celles qui abusent de ce droit (…) et que la communauté nationale ne doit pas prendre en charge ». Pour commencer, rappelons que ce n’est jamais un plaisir pour une femme d’avorter et que « les avortements de confort », ça n’existe pas ! Ensuite, si Marine Le Pen n’a jamais annoncé vouloir supprimer le droit à l’IVG, cette déclaration montre qu’elle serait prête à limiter son remboursement. Cela créerait une inégalité entre les femmes qui auront les moyens d’avorter et celles qui ne l’auront pas. Ce serait aussi une porte ouverte à la suppression totale du remboursement de l’IVG.

Pour plus d’infos :

http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2016/12/14/ivg-ce-que-disait-vraiment-marine-le-pen-en-2012/

Pour conclure, le FN est loin d’être un parti féministe !

Bien que Marine Le Pen ait réussi à adoucir son discours, le FN considère que les hommes et les femmes en raison de leurs différences, n’occupent pas les mêmes rôles et fonctions sociales. Ceci va dans le sens d’une nation envisagée telle un héritage culturel et biologique. Si le FN est un parti résolument anti-féministe, c’est lié au fait que les rapports de sexe et de genre sont envisagés comme des données naturelles sur lesquelles se fonde l’édifice social, entraînant la légitimation d’une société de domination. Et les dominants justifient leur domination par cette « différence » et la « spécificité » des groupes minorisés. Cette différence, qu’elle concerne les femmes ou d’autres groupes, est historiquement et socialement construite, entraînant hiérarchie et division des rôles et des fonctions, et bien sûr, des inégalités de droits. La majorité des propositions du FN en faveur de la famille vont dans le sens de la « préférence nationale ».

Le problème du sexisme n’est pas seulement islamique, ni même religieux, mais social dans son ensemble : il s’agit avant tout, pour lutter pour les droits des femmes, de changer les mentalités. Cela peut passer par des cours sur l’égalité sexuelle aux enfants, la prévention contre le viol auprès des hommes etc. Mais ce n’est absolument pas ce que veut faire le FN, parti fondamentalement réactionnaire. D’ailleurs, à part Marine Le Pen et sa nièce, combien de femmes y a-t-il à la tête du parti ? Il n’y a que 13 femmes sur les 42 membres du bureau politique du parti. Ce n’est donc pas avec le FN qu’on défendra la parité et l’égalité femmes / hommes !

Avec l’arrivée de Marine Le Pen, l’idée est d’attirer davantage de femmes au sein du mouvement. Mettre les femmes en avant est une manière d’atténuer le message. Car, qui mieux qu’une femme est censée connaitre les questions inhérentes à la famille, aux enfants, au social ? Et, ce, toujours dans le but de réassigner les femmes à leurs compétences considérées comme naturelles. 

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